Témoignage de Julia qui a eu une môle complète

  • Julia
    Julia

    le 28/02/2023 à 15:43 Citer ce message

    J’ai 36 ans, je suis ingénieure. Je suis en couple avec mon conjoint depuis 15 ans et – nous avons pris notre temps ! - il y a 3 ans, nous avons souhaité avoir un enfant.

    Je me fais donc retirer mon stérilet et après 5 mois d’essais infructueux, mon conjoint qui est impatient et légèrement hypochondriaque, se fait prescrire un spermogramme. Je suis persuadée que les résultats seront tout à fait normaux et qu’il nous faut simplement patienter. Pas du tout. Le résultat du spermogramme tombe : c’est catastrophique. Tous les paramètres spermatiques (mobilité, vivacité, forme) sont altérés, mon conjoint est diagnostiqué “OATS sévère.” Nous entamons alors des démarches à Port Royal où une amie est sage-femme pour débuter un protocole PMA. Nous effectuons des tests plus poussés tous les deux et le verdict est sans appel : nous n’obtiendrons jamais de grossesse sans aide médicale. Je suis alors inscrite pour une stimulation en vue du ponction ovocytaire la semaine du 14 juillet 2021, nous sommes alors en février.

    Nous repartons avec la recommandation de soigner notre hygiène de vie et notamment l’arrêt du tabac pour mon conjoint et d’essayer malgré tout la méthode naturelle : le coït donc, si besoin était de le préciser.

    Contre toute attente, je tombe enceinte 3 mois plus tard, soit de façon tout à fait congruente avec la durée d’une spermatogénèse complète après sevrage tabagique de mon conjoint. C’est un miracle, nous sommes les plus heureux du monde.

    Je dose ma bêta-HCG trois fois, les taux s’envolent, notre amie sage-femme plaisante sur l’arrivée de jumeaux. Pourquoi pas ! Nous rions de bon cœur.

    Notre amie nous propose une échographie de datation à 7 semaines aménorrhées pour fêter cette incroyable nouvelle. Nous arrivons avec chocolats et champagne (pour elle) et je m’installe pour l’échographie qui restera l’un des moments les plus effroyables de mon existence.

    Elle positionne la sonde et très rapidement s’arrête de parler. Nous nous inquiétons de ne plus avoir les sous-titres, elle évoque alors une grossesse molaire. Je ne comprends pas, je demande si cela peut encore évoluer correctement par la suite. Elle me dit que non, qu’il faut prévoir un curetage. Nous nous effondrons. Nous sommes tout de même envoyés dans un centre d’échographie spécialisé et grâce à la gentillesse du chef de service de Port Royal, nous obtenons un rendez-vous dans l’heure.

    Nous faisons le chemin jusqu’au centre d’imagerie la mort dans l’âme, avec malgré tout un espoir fou et une consommation effrénée de sites médicaux et autres blogs pseudo-scientifiques sur le sujet. Je lis les mots chimiothérapie, délai avant d’autoriser une autre grossesse, chances de récidive...

    L’échographe du centre nous reçoit assez froidement. Il installe la sonde et j’entends aussitôt des battements de cœur !

    “C’est votre cœur ça madame évidemment. Le cœur d’un embryon bat bien plus vite.” Je pleure.

    Il confirme le diagnostic de môle hydatiforme probablement partielle et nous rentrons.

    J’attends impatiemment le curetage, je veux qu’on me débarrasse de cette chose à l’intérieur qui en plus me donne des nausées abominables. Je bois, je mange de la viande crue, de la charcuterie pour me venger du sort.

    Port Royal me programme très vite le curetage. La veille de l’intervention ma bêta-HCG plafonne à plus de 210 000 UI. L’intervention est réalisée par un médecin adorable et très doux. Nous ne sommes pas moins tristes mais légèrement soulagés. Le produit du curetage doit faire l’objet d’une biopsie pour confirmer le diagnostic de môle partielle. Les résultats tombent dans 3 semaines.

    Nous commençons à nous faire à l’idée de cette double mauvaise nouvelle : la perte d’un enfant qui n’a jamais existé sauf dans nos têtes et la môle tout en nous raccrochant au fait que nous avons de la chance dans notre malheur : des maladies trophoblastiques bien plus graves existent et nous pourrons très vite réessayer d’avoir un enfant, après négativation de ma béta-HCG.

    Je commence le suivi post-op et dose en laboratoire ma bêta-HCG chaque semaine. Chaque semaine on me félicite pour ma grossesse à la remise des résultats et je dois patiemment expliquer que non, il ne s’agit pas d’une grossesse mais d’une maladie et que j’attends au contraire que le résultat chute à zéro. J’ai secrètement envie de hurler.

    Mes résultats s’améliorent très vite et je suis proche de la négativation rapidement. Cependant. Cependant, le résultat du curetage tombe : il s’agit d’une môle complète et je devrais donc attendre 6 mois post-négativation de la bêta HCG pour reprendre les tentatives de grossesse. Nous sommes abattus par cette nouvelle.

    Je décide de prendre ce délai comme une prolongation de ma vie sans enfant, de ma liberté et je pars en voyage avec une copine. Cela me fait un bien fou et nous essayons de profiter sans penser à ce report forcé de notre projet. Nous sortons, nous partons en week-end, en voyage, je m’investis le plus possible mon travail que j’adore.

    Après négativation de mes bêta-HCG, qui ont un peu stagné avant de tomber à zéro, je décide que je ne respecterai pas le délai de 6 mois d’attente préconisé par les médecins. Ce délai est variable en fonction des pays, calculé très différemment. Mon conjoint n’est pas emballé mais nous nous mettons d’accord sur 3 mois d’attente.

    Le 4ème mois j’étais à nouveau enceinte. Terrorisée de couver encore cette étrange maladie. Nous attendons, malades d’angoisse, la 5ème semaine aménorrhée pour réaliser une échographie de datation. Je pleure avant même que la sonde soit installée. C’est un embryon. Normal. J’accouche d’une petite fille par césarienne en Août 2022. C’est notre bonheur depuis 6 mois. Je crois que jamais parents n’ont été aussi heureux d’être épuisés, de nettoyer du vomi, de faire des lessives. Elle me réveille encore 5 fois par nuit pour téter, mais elle peut bien le faire jusqu’à son bac, je m’en émerveillerais toujours (même si ça deviendrait légèrement étrange tout de même !)

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